De l’idée au terrain : la création d’une CPTS en Sud Ardèche, étape par étape

Pourquoi la dynamique CPTS s’impose en Sud Ardèche ?

Depuis 2016, la création des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) s’essaime à travers la France, portée par la volonté de coordonner efficacement les acteurs de santé d’un même territoire. En Sud Ardèche, territoire à la géographie complexe et au tissu professionnel hétérogène, le besoin d’une telle organisation s’est vite imposé. L’objectif ? Améliorer les parcours de soins, décloisonner les pratiques, et surtout, éviter que chacun ne travaille dans son coin face à un accès aux soins parfois morcelé.

Les besoins locaux sont criants : désertification médicale en progression (selon l’ARS Auvergne Rhône-Alpes, la densité de médecins généralistes en Ardèche est de 93 pour 100 000 habitants contre 140 en France métropolitaine en 2022), vieillissement de la population (plus de 30% de la population a plus de 60 ans en Sud Ardèche – source : INSEE), mais aussi arrivée de nouveaux professionnels attirés par un cadre de vie qualitatif. La CPTS peut alors jouer un rôle pivot pour l’organisation des soins de ville, l’orientation patient, la prévention, mais aussi le lien ville-hôpital.

Bien comprendre ce qu’est une CPTS, au-delà du concept

Le texte de loi l’explique en quelques phrases, mais sur le terrain, une CPTS est avant tout un collectif. Médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, sages-femmes, psychologues, mais aussi associations, structures sociales, élus locaux… Tous peuvent intégrer cet espace où les intérêts convergent vers une même finalité : répondre aux besoins de santé du territoire.

  • Portabilité : La CPTS n’a pas de murs ni de personnel propre : elle fédère, anime, informe et coordonne.
  • Volontariat : L’adhésion est libre, mais son existence institutionnelle nécessite une structure juridique – généralement une association loi 1901.
  • Multi-fonction : Une CPTS peut porter des actions de prévention, organiser les soins non programmés, anticiper les sorties d’hôpital ou améliorer l’accès à un médecin traitant.

Première étape : éveiller l’intérêt local et recenser les énergies

Rarement une dynamique aussi transversale se lance d’un claquement de doigts. Concrètement, tout démarre souvent par une rencontre formelle ou informelle entre praticiens, coordinations de soins et acteurs sociaux du territoire. En Sud Ardèche, ce travail a parfois été impulsé par les Conseils territoriaux de santé, ou des initiatives de professionnels de santé déjà impliqués sur d’autres projets.

L’enjeu initial : construire un noyau d’acteurs motivés pour porter la réflexion. Il s’agit d’identifier les professionnels moteurs (souvent médecins généralistes, coordinateurs d’ESMS, pharmaciens, IDEL), de cartographier les ressources et les attentes, mais aussi les hésitations. Des réunions d’échanges, des ateliers territoriaux, ou encore des entretiens individuels permettent de dresser ce portrait. Par exemple, à Aubenas et dans la vallée du Rhône, les premières consultations ont mobilisé une trentaine d’acteurs en 2019 (source : ARS Aura, rapports de concertation 2020).

Fédérer, informer, préfigurer : la phase de co-construction

Ce n’est qu’ensuite que la phase de préfiguration se met en place. À Sud Ardèche, l’expérience montre que la réussite passe par l’animation : une ou deux personnes “cheville ouvrière” vont organiser la suite : recensement des besoins spécifiques (via questionnaires diffusés sur DOCTOLIB, mailing, ou lors de rencontres physiques dans les cabinets médicaux), recueil de priorités locales (problématiques d’accès aux soins, gestion du patient complexe, attractivité des remplaçants, etc.).

Ce diagnostic partagé constitue la base du projet CPTS : il alimente et oriente les thématiques d’action prioritaires. Il n’est pas rare qu’à ce stade une collectivité locale (par exemple la Communauté de Communes du Pays d’Aubenas-Vals) signale des enjeux de mobilité ou d’accès linguistique, tandis que les médecins expriment leur besoin d’appui pour les soins non programmés.

  • Définition du périmètre géographique pertinent : bassin de vie, intercommunalités, bassin de santé.
  • Concertation avec les syndicats (URPS), partenaires institutionnels (Caisses Primaires d’Assurance Maladie), hôpitaux locaux et élus.
  • Préparation des statuts associatifs, proposition d’une gouvernance partagée (Collège des professionnels de santé, collège institutionnel, collège usagers le cas échéant).

De la préfiguration à la contractualisation : officialiser la CPTS

C’est une étape administrative, mais déterminante : la contractualisation. Pour être reconnue et financée, une CPTS doit signer un contrat avec l’ARS et la CPAM. Ce document formalise le projet de santé territorial et les axes d’action (accès au médecin traitant, parcours de soins, prévention…).

En Ardèche, le délai moyen entre le lancement du diagnostic et la contractualisation dépasse parfois 18 mois, car il faut aboutir à un projet robuste, crédible, validé par les parties prenantes. Certaines CPTS du département sont encore à cette étape, tandis que d’autres (comme celle du Pays de l’Ardèche méridionale) ont validé leur projet en 2022, mobilisant dès lors un budget annuel pouvant atteindre 300 000 € pour financer la coordination, les outils informatiques, la communication ou l’organisation d’actions collectives (source : Rapport annuel de l’Assurance Maladie 2023).

  • Mise en place du bureau, désignation d’un coordinateur (souvent un professionnel détaché une partie de son temps)
  • Définition des indicateurs de suivi
  • Ouverture au financement (subventions ARS, fonds d’amorçage, participation des collectivités locales…)

S’engager dans les premières actions : retours concrets du Sud Ardèche

Dès la signature du contrat, la CPTS doit rapidement démontrer sa valeur ajoutée. Les premières actions sont souvent modestes, mais structurantes. Sur le territoire Sud Ardèche, plusieurs dynamiques ont été lancées depuis deux ans :

  1. Soins non programmés : Création d’un circuit de prise en charge des urgences mineures en journée, via la plateforme CPTS. Résultat : 25% de recours en moins aux urgences hospitalières constatés sur la période estivale 2023 (source : CH d’Aubenas).
  2. Prévention : Organisation de sessions d’information sur l’alimentation saine en milieu rural, avec l’appui des diététiciennes du secteur : 90 personnes touchées lors de la première édition.
  3. Parcours coordonné pour patients fragiles : Expérimentation d’un dispositif d’appui pour les personnes âgées isolées (mise en relation facilitée entre médecin, infirmière, pharmacien, aidant familial).
  4. Accès au médecin traitant : Repérage et accompagnement de patients “sans médecin” : deux nouveaux médecins généralistes installés sur la zone en 2023 grâce au soutien logistique de la CPTS et à des partenariats locaux.

Facteurs de réussite et freins observés dans la mise en place

Le développement d’une CPTS en Sud Ardèche ne va pas sans obstacles : multiplication des acteurs, manque de temps des professionnels, difficultés logistiques, couverture numérique inégale (certains secteurs disposent encore d’une connexion très limitée), hétérogénéité des attentes. Pourtant, plusieurs facteurs favorisent la réussite :

  • Présence d’un(e) coordonnateur(trice) dédié(e), rôle pivot pour animer et relancer la dynamique.
  • Volonté partagée d’améliorer les conditions d’exercice – et donc une meilleure attractivité médicale, à terme.
  • Soutien des élus locaux et intercommunalités, essentiels pour relayer l’information et accompagner les problématiques de mobilité et accès.
  • Intégration de tiers-lieu santé pour favoriser les rencontres et ateliers de travail conjoints.
  • Pragmatisme : agir “par petits pas”, ne pas attendre que tout soit parfait pour démarrer les premières actions concrètes.

A contrario, la surcharge administrative, l’absence de temps médical disponible “hors soin”, ou l’essoufflement du collectif faute d’avancées visibles, sont les principaux écueils évoqués par les premiers retours du territoire Sud Ardèche.

Perspectives : sur quoi les CPTS locales misent pour demain ?

Les CPTS du Sud Ardèche, toutes encore jeunes, s’attèlent aujourd’hui à renforcer la prévention (santé mentale, maladies chroniques, actions “aller-vers”), à fluidifier la transmission d’informations santé via des outils numériques mieux adaptés (plateformes territoriales, messageries sécurisées) et à favoriser l’installation de nouveaux professionnels par des dispositifs de compagnonnage.

Face à une attente grandissante de la part des habitants et des partenaires publics, leur capacité à traduire ces objectifs en actions lisibles et tangibles sera le test de leur utilité réelle. Pour cela, le soutien régional et national, mais surtout l’énergie collective, resteront les meilleurs garants d’une structuration durable. L’enjeu : construire une santé de proximité, accessible et réactive, pour un territoire qui ne manque ni d’idées, ni de besoins à couvrir.

Sources pour approfondir :

  • ARS Auvergne Rhône-Alpes, Les CPTS en Auvergne Rhône-Alpes
  • INSEE, chiffres démographiques Ardèche 2023
  • Rapport annuel Assurance Maladie 2023 – CPTS
  • Retours de réunions territoriales, Sud Ardèche 2022-2023 (synthèses publiques, collectivités locales)
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