Depuis 2016, les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) sont devenues incontournables dans l’organisation des soins primaires en France, et notamment dans les territoires ruraux tels que le Sud Ardèche. Portées à l’origine par la Fédération des maisons et pôles de santé (FemasAURA) et structurées à travers le Pacte Territoire Santé puis la loi Ma Santé 2022, les CPTS répondent à un double défi : améliorer la coordination de soins au plus près des besoins réels et rationaliser l’action collective des professionnels de ville.
En Sud Ardèche, dont la densité médicale (119 médecins pour 100 000 habitants selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, 2022) reste inférieure à la moyenne régionale, les CPTS relèvent plusieurs défis : vieillissement de la population, désertification médicale ponctuelle, maintien d’une offre de soins de premier recours, et lutte contre la perte d’attractivité des métiers de la santé.
Chaque CPTS regroupe, de façon volontaire, des professionnels de santé libéraux – généralistes et spécialistes – mais aussi des pharmaciens, des infirmiers, des sages-femmes, des kinésithérapeutes, parfois rejoints par des professionnels du médico-social ou du social, et des établissements de santé. Leur fonctionnement s’appuie sur une gouvernance locale souvent associative, avec un bureau constitué d’acteurs élus au sein du collectif.
Le territoire en Sud Ardèche est aujourd’hui structuré autour de plusieurs CPTS, dont la CPTS Pays d’Aubenas-Vals et la CPTS Ardèche Méridionale. Chacune couvre des bassins de vie cohérents et mobilise l’énergie de plusieurs dizaines de professionnels. En moyenne, une CPTS locale fédère entre 80 et 200 membres actifs, ce qui représente un maillage solide pour répondre à la diversité des attentes.
Depuis l’Accord conventionnel interprofessionnel (ACI) de 2019, le cahier des charges national des CPTS distingue cinq missions socles :
En Sud Ardèche, ces missions prennent un relief particulier, notamment pour l’accès aux soins non programmés : sur la période estivale, la population du territoire triple dans certaines zones touristiques, mettant à rude épreuve l’offre médicale. Pendant l’été 2023, la CPTS Ardèche Méridionale a par exemple coordonné un système d’astreinte de médecins généralistes élargi, réduisant le recours aux urgences de 13 % par rapport à l’année précédente (source : rapport ARS AuRA 2023).
Du côté de la prévention, les CPTS multiplient les partenariats avec les collèges, les associations ou les mutuelles pour des campagnes de dépistage (cancer du sein, colo-rectal), des actions de prévention sur les conduites addictives ou la santé mentale des jeunes. L’une des réussites marquantes reste la journée de la prévention organisée à Largentière en octobre 2022, ayant réuni plus de 400 participants, dont la moitié avait moins de 25 ans.
La valeur ajoutée des CPTS réside dans leur capacité à fluidifier le "parcours de soins" – c’est-à-dire le cheminement d’un patient dans la chaîne médicale mais aussi médico-sociale. À travers des outils numériques comme ViaTrajectoire ou des plateformes de coordination partagées (Messagerie Sécurisée de Santé), les soignants gagnent du temps sur la transmission d’informations et réduisent le risque de rupture dans la prise en charge, en particulier sur les patients complexes ou âgés.
Exemple concret : en 2022, 73 % des professionnels engagés dans la CPTS Pays d’Aubenas-Vals déclaraient avoir amélioré leurs liens avec au moins deux autres professions de santé du territoire (source : enquête interne, CPTS Pays Aubenas-Vals, 2022). Cette coopération se traduit par des réunions de concertation mensuelles, mais aussi par l’organisation d’équipes "pluridisciplinaires de proximité", mobilisées sur des situations familiales sensibles ou des retours à domicile après hospitalisation.
Par ailleurs, la CPTS favorise l’émergence de projets tels que le déploiement de l’exercice coordonné (permanences communes, réunions staff pluripro, protocoles de délégation de tâches). Les pharmaciens ont ainsi participé à une expérimentation de délivrance d’antibiotiques sous protocole négocié avec les généralistes, réduisant l’attente pour les familles et sécurisant la prise en charge infectieuse hors horaires habituels.
Les CPTS ne sont pas des structures fermées. En Sud Ardèche, elles travaillent main dans la main avec les hôpitaux de proximité (Aubenas, Largentière), les EHPAD et le secteur des services d’aide à domicile. Les conventions signées avec les collectivités (Communautés de communes, Conseil départemental, CCAS) permettent d’organiser des réponses coordonnées sur des problématiques telles que les soins à domicile ou l’accès aux droits sociaux.
Leur mode de gouvernance ouverte encourage l’implication d’experts extérieurs, étudiants en santé, représentants d’associations d’usagers ou de mutuelles, nourrissant une dynamique ascendante de projet.
Si la CPTS n’a pas vocation à "recruter" directement de nouveaux professionnels de santé, elle joue un rôle clé dans la fidélisation des jeunes soignants et l’accueil des remplaçants, internes ou stagiaires. L’un des axes majeurs demeure l’accompagnement à l’installation, via un tutorat organisé et des guichets uniques d’information (solutions de logement temporaire, démarches administratives, découverte du territoire).
Quelques chiffres révélateurs (source : URPS Médecins AuRA, 2023) :
Ce climat de réseau améliore la qualité de vie professionnelle, réduit l’isolement et nourrit un sentiment d’appartenance à une équipe de soins territorialisée.
À l’heure où l’ensemble des territoires voit s’accroître la complexité des parcours (maladies chroniques, précarité, accompagnement de la fin de vie à domicile), le rôle des CPTS n’a jamais été aussi décisif. Les enjeux des prochaines années seront multiples :
Le modèle CPTS constitue un laboratoire d’innovation organisationnelle au service de la population, adaptable et ancré dans la réalité du terrain sud-ardéchois. Face à la raréfaction des ressources, il aide à transformer les contraintes en leviers, par l’intelligence collective et la créativité professionnelle. Pour les habitants, cela signifie un accès plus juste, rapide et coordonné à la santé, y compris dans les vallées les plus reculées.
Pour aller plus loin :