Sur le terrain sud-ardéchois, la santé se tisse au quotidien entre médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, pharmaciens, acteurs paramédicaux, hôpitaux ruraux et associations. Ce tissu riche et multiforme doit s’adapter à une réalité de plus en plus complexe : vieillissement de la population, croissance des pathologies chroniques, accès parfois difficile aux soins, mais aussi un besoin accru de coordination entre professionnels. C’est dans ce contexte qu’ont émergé les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), des structures impulsées par la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 (source : Ministère de la Santé), et qui essaiment aujourd’hui dans tout le territoire, y compris en Sud Ardèche.
Les CPTS sont, concrètement, des associations portées par des professionnels de santé, organisées sur une échelle géographique cohérente (souvent plusieurs communes ou un bassin de vie), qui mutualisent outils, réflexions et actions pour mieux répondre aux besoins des habitants, mais aussi pour améliorer le quotidien des praticiens.
Le défi de l’accès aux soins imprègne fortement les missions des CPTS dans notre territoire. Selon les chiffres de l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, près de 40 % des habitants du Sud Ardèche vivent dans des zones caractérisées comme « sous-denses » en offre médicale (ARS 2023). Face à cette réalité, la première mission des CPTS consiste à :
En Sud Ardèche, comme partout en France, les CPTS ont pour mission de participer à des actions de prévention, mais ce rôle prend un relief particulier ici, du fait de l’absence fréquente de structures de prévention « classiques » et de la difficulté, pour les professionnels isolés, à s’impliquer dans des campagnes collectives.
Selon une enquête menée en 2022 par le Conseil de l’Ordre des Médecins (source : chiffres nationaux, mais illustratifs du rural), 34% des médecins exerçant en zones rurales placent la solitude professionnelle parmi leurs principales difficultés. En Sud Ardèche, où de nombreux praticiens exercent seuls, la CPTS joue un rôle d’appui psychosocial et organisationnel :
Si la CPTS n’a pas vocation à gérer directement des dossiers « patients », elle s’est imposée comme un pivot de la coordination, notamment dans des situations complexes relevant du handicap, de la polypathologie, ou de la précarité sociale.
Les besoins de formation et d’expérimentation sont considérables, dans un secteur où les référentiels évoluent vite, où la télémédecine s’impose, et où la pression sur les soignants est constante.
Sur un territoire marqué par une forte attractivité touristique l’été, mais aussi par des situations de précarité et une démographie médicale non stabilisée, la CPTS doit composer avec des paramètres spécifiques.
La Caisse Nationale d’Assurance Maladie souligne que l’un des grands enjeux de la période 2023-2027 est d’amplifier l’implication des professionnels de terrain dans la gouvernance des CPTS, et de renforcer leur capacité de réaction face à l’évolution des besoins. L’expérience du Sud Ardèche montre que la proximité, la connaissance intime des ressources et une vraie culture de la co-construction font la différence.
La réussite des CPTS réside moins dans la multiplication de réunions que dans des solutions concrètes et une attention constante à la réalité vécue par les praticiens. Adapter, expérimenter, soutenir, relier : telles sont les ambitions au quotidien, pour renforcer à la fois l’efficacité du système de santé local et la qualité de vie au travail des professionnels qui en sont le cœur.