Depuis leur déploiement, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) s’installent progressivement dans le paysage local, en particulier en zones rurales comme le Sud Ardèche. Mais de quoi parle-t-on concrètement ? Instaurées par la loi de modernisation du système de santé de 2016, les CPTS sont des regroupements de professionnels de santé, souvent sur la base du volontariat, qui se structurent pour améliorer la coordination des soins et répondre aux besoins du territoire (Ministère de la Santé).
L’approche va au-delà de la simple juxtaposition des acteurs : l’idée, c’est d’en finir avec la fragmentation des parcours et de rapprocher médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, mais aussi travailleurs sociaux, structures médico-sociales et acteurs associatifs. Un véritable tissu sanitaire et social, cousu main selon les réalités de chaque territoire – une logique particulièrement précieuse face aux défis des zones rurales, où la moindre synergie fait la différence.
Le Sud Ardèche n’échappe pas à l’inquiétude grandissante générée par la baisse du nombre de médecins généralistes libéraux, la démographie vieillissante des soignants et les accès parfois complexes à certains spécialistes. Avec près de 34 % des médecins généralistes du département âgés de plus de 60 ans en 2023 (source : Conseil national de l’Ordre des médecins), la pression sur le système se fait sentir.
Les CPTS viennent ici structurer une réponse proactive. Plusieurs dispositifs concrets en sont issus :
En 2022, selon la CPTS Pays Aubenas-Vals – qui couvre plus de 60 000 habitants – ce sont plus de 700 personnes qui ont pu être orientées grâce à leur cellule d’accueil, évitant ainsi des délais excessifs (CPTS Pays Aubenas-Vals).
Un des enjeux historiques de notre territoire, c’est la multiplication des interlocuteurs : hôpital, réseau de soins à domicile, médecins généralistes, centres sociaux, EHPAD. Le parcours du patient peut vite devenir complexe. Les CPTS structurent la circulation de l’information, grâce à des outils partagés, des réunions de concertation et – de plus en plus – des plateformes numériques sécurisées (Messagerie Sécurisée de Santé, Dossier Médical Partagé).
Le croisement de ces initiatives permet d’éviter les redondances, de mieux informer les patients et leurs proches – et, d’après un rapport de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, de réduire les réhospitalisations de 13 % à l’échelle des territoires couverts par une CPTS active en 2021 (ARS Auvergne-Rhône-Alpes).
Historiquement, l’action locale de prévention souffrait d’un manque de coordination. Les CPTS permettent de mutualiser les forces et d’avoir un impact réel.
Ces campagnes localement ancrées s’adaptent aux besoins spécifiques du Sud Ardèche, prenant en compte la ruralité, l’isolement et les difficultés d’accès aux médias nationaux.
Les parcours de santé ne se résument pas à l’urgence ni au “quotidien” médical : la question des publics vulnérables (personnes âgées isolées, précarité, handicap) est majeure en Sud Ardèche, où un habitant sur 4 a plus de 65 ans (INSEE, 2021). Les CPTS renforcent l’articulation entre médical, social et médico-social, par :
Un exemple marquant : en 2023, sur la zone nord-Aubenas, la cellule “santé précarité” animée par la CPTS a permis d’identifier et d’orienter vers un accompagnement 81 personnes adultes en situation de rupture de soins depuis plus de six mois.
Si le modèle CPTS est national, chaque territoire s’en empare à sa façon. Le Sud Ardèche se distingue par plusieurs initiatives :
Autre point notable : dans le cadre de la crise Covid, la coordination par les CPTS a permis la mise en place de centres de vaccination mobiles et de tests itinérants, adaptant les horaires aux réalités des villages (soirées et marchés d’été). Plus de 11 000 habitants ont bénéficié de ce dispositif en 2021 (La Région Auvergne-Rhône-Alpes).
Les bénéfices sont nets, mais l’impact des CPTS dépend de certains facteurs-clés :
La dynamique CPTS en Sud Ardèche dessine un paysage local où l’habitant – et non plus simplement “le patient” – est mieux informé, mieux orienté, et replacé au cœur du tissu de santé. Les retours du terrain parlent d’eux-mêmes : satisfaction accrue des usagers face à la réponse rapide aux besoins immédiats, reconnaissance du rôle pivot des professionnels engagés, et début d’une culture du travail collectif.
La voie est donc ouverte pour davantage de projets “hors les murs” et des actions de prévention dans chaque village, ainsi que la transformation des habitudes de travail interprofessionnelles. Les CPTS ne prétendent pas tout résoudre, mais elles offrent enfin un cadre concret, visible, évolutif, pour faire face ensemble aux défis de santé du Sud Ardèche.
Sources principales :