Depuis près de dix ans, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) façonnent le paysage de l’organisation des soins de proximité en France. Leur déploiement, prévu par la loi de janvier 2016, s’intensifie dans les zones rurales comme le Sud Ardèche. Ce territoire, marqué par sa géographie très étendue, son attractivité touristique mais aussi ses défis de démographie médicale, offre un terrain à la fois exigeant et stimulant pour l’action collective en santé.
Qui sont celles et ceux qui portent ces dynamiques ? Au fil des rencontres, réunions, et entretiens, se dessine le portrait d’une pluralité d’acteurs engagés dans une logique d’interconnaissance, de coordination et d’expérimentation.
La base des CPTS, c’est d’abord un collectif de praticiens libéraux. Médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, pharmaciens d’officine : ils sont à l’initiative de la création de la plupart des CPTS du Sud Ardèche (cf. rapport ARS Auvergne-Rhône-Alpes, 2022). Sur une population de 140 000 habitants dans le secteur, plus de 60% des médecins généralistes libéraux ont signé l’adhésion à une CPTS locale (source : URPS Médecins Libéraux AuRA, données 2023).
Un fait marquant en Sud Ardèche : dès la genèse des CPTS, la parité hommes/femmes apparaît mieux représentée que dans d’autres territoires, avec environ 48% de femmes parmi les professionnels de santé signataires du projet.
Si les professionnels libéraux constituent le socle historique, les CPTS du Sud Ardèche s’appuient de plus en plus sur des partenariats avec les établissements de santé et médico-sociaux :
La convention entre la CPTS Ardèche Méridionale et le Centre hospitalier d’Aubenas (signée en 2021) est souvent citée comme un exemple de synergie : échanges régularisés sur les admissions directes, retours précoces à domicile, et coordination des prises en charge complexes.
En Sud Ardèche, la plupart des conseils municipaux et intercommunalités sont régulièrement sollicités lors de la constitution et la vie des CPTS. Leur rôle ? Apporter une connaissance fine des réalités du territoire, valoriser l’attractivité médicale, soutenir les démarches logistiques (locaux, subventions, communication).
L’engagement des collectivités, s’il varie d’une commune à l’autre selon les ressources disponibles, tend à se renforcer car il permet d’instaurer un dialogue durable avec les soignants et d’ancrer les actions dans la réalité quotidienne des habitants.
Un élément-clé des CPTS du Sud Ardèche : l’ouverture aux acteurs issus du tissu associatif, éducatif et social. Alors que leur implication fut longtemps discrète, leur rôle est aujourd’hui amplifié, en particulier pour :
Côté usagers, les CPTS Sud Ardèche intègrent des représentants d’associations de patients (Ligue contre le Cancer Ardèche, Association France Alzheimer locale, etc.) lors de groupes de travail thématiques. Cette participation reste à développer, mais pose les bases d’une démocratie sanitaire de proximité.
Des expériences pilotes, comme la participation de lycéens d’Aubenas à la co-construction d’une action santé mentale jeunesse, illustrent la volonté d’ouverture vers des acteurs « hors santé » au sens strict mais impliqués dans la vie locale.
Derrière la diversité des membres, la réussite d’une CPTS repose souvent sur une équipe de coordination transversale. On y retrouve :
La Fédération des CPTS indique que, dans 62% des cas en région Auvergne-Rhône-Alpes, la coordination est exercée par une équipe mixte (professionnels exerçant quelques heures et salariés dédiés).
Les CPTS Sud Ardèche n’ont pas toutes la même organisation : certaines ont opté pour un bureau exécutif élu avec présidence tournante ; d’autres privilégient la réunion d’un « conseil des membres fondateurs » ouvert aux nouveaux entrants. Cette souplesse garantit à la fois la pérennité et l’intégration de regards neufs.
Ce fonctionnement « maillé » s’adapte aux réalités du terrain : la géographie ardéchoise impose des réunions itinérantes, mais le numérique (visioconférences, forums en ligne) permet d’inclure les professionnels moins disponibles.
Le portrait des membres impliqués dans les CPTS du Sud Ardèche révèle une mosaïque d’engagements. Cette diversité, loin de diluer l’efficacité, favorise une coordination au plus près des besoins réels—jusqu’aux situations individuelles complexes qui nécessitaient, il y a encore peu, des démarches longues et dispersées.
Les histoires racontent aussi les freins rencontrés (réticences de certains professionnels, complexité administrative, besoin de ressources humaines pérennes) mais partout émerge une volonté : remettre l’humain au centre, renforcer la prévention, décloisonner le soin. Les CPTS, encore en construction sur plusieurs axes, portent la promesse d’une réponse plus adaptée à la réalité ardéchoise. Les prochaines étapes? Renforcer l’implication des usagers, outiller la coordination face aux nouveaux enjeux (santé mentale, précarité), et garantir que chaque voix—du praticien à l’associatif, de l’élu à l’usager—trouve sa place dans ce collectif en Santé.
Sources : ARS AuRA ; URPS Médecins Libéraux AuRA ; Fédération Nationale des CPTS ; Ligue contre le Cancer Ardèche ; Observatoire régional de la santé 2022-2023.