Depuis la loi de modernisation de notre système de santé (2016) et l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) de 2019, les CPTS – Communautés Professionnelles Territoriales de Santé – s’imposent dans le paysage de la santé française (source : Ministère de la Santé). Leur principe : permettre aux professionnels de santé d'un territoire de travailler ensemble, en dehors des murs de l’hôpital, pour structurer des parcours de soins coordonnés, ancrés dans le réel.
Dans le Sud Ardèche, aux contraintes géographiques connues (étendues des distances, zones de montagne, villages isolés), la CPTS représente une réponse organisationnelle locale : réunir médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, sages-femmes, acteurs sociaux, et établissements pour agir de façon concertée.
La CPTS vise à décloisonner, à créer des automatismes de collaboration pour fluidifier les échanges, sécuriser les prises en charge et améliorer la prévention.
En Sud Ardèche, trois CPTS couvrent les bassins de vie principaux : Aubenas, Vallon-Pont-d'Arc/Ruoms et Les Vans/Joyeuse. Chacune a ses spécificités mais toutes s’organisent autour de trois grands axes définis au niveau national (source : Assurance Maladie) :
Chaque CPTS fonctionne via un bureau pluriprofessionnel élu, un coordinateur, et s’appuie sur une charte et des conventions liant les professionnels à la structure. L’adhésion est volontaire mais en forte hausse : la CPTS Aubenas a vu son nombre d’inscrits progresser de 48 % entre 2021 et 2023 selon ses rapports internes.
Ce qui distingue la CPTS – c’est fondamental – c’est la transversalité. Médecins, infirmiers, pharmaciens, assistants sociaux, aides à domicile et établissements partagent la même table pour échanger sur des cas concrets, rédiger des protocoles communs, repérer des patients "perdus dans le parcours", organiser des réponses nouvelles.
Le partage d’information est faciliter par des outils numériques dédiés (plateformes sécurisées, messageries, applications type Inzee.care pour les demandes de soins infirmiers par exemple).
Une problématique très présente en zone rurale est la saturation des urgences hospitalières par des soins qui pourraient être traités en ville. La CPTS Sud Ardèche a mis en place, notamment sur le secteur d’Aubenas et Vallon, un dispositif de "gestion des soins non programmés".
Résultat : selon les chiffres partagés lors des Assises de la CPTS Sud Ardèche (octobre 2023), près de 1 200 passages aux urgences ont été évités en un an grâce à l’action des professionnels de la CPTS et au réaiguillage vers les structures adaptées.
Soutien à la vaccination antigrippale dans les villages reculés, coordination de campagnes de dépistage du cancer, parcours d’éducation thérapeutique pour diabétiques : la CPTS rend possibles des actions coordonnées, qui mobilisent plusieurs acteurs et touchent des publics qui sans cela resteraient éloignés du soin.
| Exemples d’actions de prévention portées par les CPTS Sud Ardèche | Impact constaté |
|---|---|
| Accueil collectif pour les nourrissons de moins de 2 ans avec ateliers nutrition | Participation en hausse de 40 % sur trois ans (source : rapport CPTS Aubenas) |
| Dépistage itinérant du cancer colorectal dans les bourgs-villages | Taux de dépistage passé de 32 % à 44 % (2019–2023, source : Ligue contre le Cancer Ardèche) |
| Formations communes sur la bientraitance personnes âgées | Augmentation du signalement précoce des situations à risque |
Fiches réflexes, forums WhatsApp locaux pour les gardes, cartographies interactives des ressources, numéros d’appel dédiés : la CPTS outille les soignants pour faire face à l’urgence comme au suivi de longue durée. Les effets sont palpables : des retours de terrain montrent que le temps passé à chercher un professionnel compétent pour une prise en charge complexe a été divisé par deux là où la CPTS est structurée (témoignage d’un infirmier participant à la commission Parcours, réunion de juin 2023).
Le Sud Ardèche bénéficie d’une culture de la concertation vieille de plusieurs décennies, impulsée par la création de réseaux locaux de santé dés 2000. La nouveauté ici est l’engagement croissant des professionnels libéraux, autrefois très indépendants ou isolés, qui se saisissent de la CPTS comme d’un outil utile à leur exercice quotidien.
Cela se traduit par :
Le dialogue avec l’hôpital – parfois complexe autrefois – s’améliore grâce à des référents CPTS intégrés dans les cellules de crise du centre hospitalier Aubenas lors de la vague Covid (source : réunion ARS février 2021). Chaque acteur voit sa place reconnue et son expertise mobilisée.
L’expérience du Sud Ardèche illustre combien la CPTS, bien plus qu'une simple "structure", opère comme un support vivant, où l’intelligence du collectif permet d’apporter des réponses adaptées aux mutations et à la diversité des besoins. Si les attentes restent fortes, des avancées tangibles sont constatées sur l’accès aux soins urgents, la prévention, et l’intégration des acteurs locaux dans les politiques de santé.
À l’avenir, le renforcement des outils numériques partagés, l’ouverture à d’autres acteurs (santé mentale, aide sociale, éducation), et la co-construction avec les élus des politiques publiques santé amélioreront encore la coordination sur nos territoires ruraux. La CPTS, laboratoire de l’innovation territoriale, continue d’ouvrir la voie à une santé de proximité, solidaire et plurielle.