Avec près de 30% de sa population âgée de plus de 60 ans (source : Insee 2021), la Drôme connaît, à l’instar du Sud Ardèche, une mutation accélérée de ses besoins en matière d’offre d’habitat et d’organisation des soins pour les seniors. L’émergence depuis dix ans de résidences seniors – structures non médicalisées, résidences autonomie ou alternatives innovantes – répond à la volonté de concilier maintien de l’autonomie et lien social, sans pour autant reproduire le modèle des EHPAD.
La mosaïque territoriale drômoise, comme celle du Sud Ardèche, implique un décloisonnement entre acteurs du médical, du médico-social et du social pour accompagner ces transitions. C’est à cette interface que s’inscrivent les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), dont le rôle s’est affirmé depuis la loi Ma Santé 2022 : favoriser la coordination professionnelle, fluidifier le parcours de soin, et articuler leur action avec les projets locaux, dont les résidences pour personnes âgées (Ministère de la Santé, 2023).
Implantées dans le Sud Ardèche depuis 2019, les CPTS sont structurées autour de professionnels de santé de ville (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés…), auxquels se rattachent aussi des acteurs du secteur social, des établissements et des élus. Leur genèse part d’un constat central : la nécessité de mieux organiser les réponses de santé sur des territoires infradépartementaux, par-delà les cloisonnements historiques.
Dans ce contexte, leur implication dans les résidences seniors de la Drôme est tout sauf accessoire : elle répond à une double logique de décloisonnement et d’innovation de terrain, afin que les seniors bénéficient d’un environnement sécurisé mais ouvert sur la ville.
Lorsque des porteurs de projets – qu’il s’agisse de bailleurs sociaux, d’élus locaux ou d’opérateurs privés – envisagent la création d’une résidence senior en Drôme, ils sont souvent confrontés à des difficultés d’identification des interlocuteurs pertinents en santé sur le territoire, en particulier dans les zones rurales. C’est là que la CPTS joue un rôle moteur en facilitant le dialogue entre les futurs gestionnaires de résidence, les professionnels de santé et les acteurs médico-sociaux.
Parmi les interventions les plus remarquables, on note :
Les CPTS Sud Ardèche déploient des solutions concrètes pour prévenir les ruptures de parcours : plateforme de partage d’informations entre résidences, services à domicile et équipes médicales ; création de dossiers partagés, interventions de coordination pour les situations complexes (poly-pathologies, isolement, troubles cognitifs).
Ainsi, il est fréquent que la CPTS propose des solutions de télé-expertise ou de télé-consultation pour certaines résidences en zone de faible densité médicale, ou qu’elle orchestre la visite régulière d’équipes mobiles de soin et de prévention, en collaboration avec le Centre Hospitalier de Valence ou le Centre Hospitalier d’Aubenas (source : Système d’Information Sanitaire Rhône-Alpes).
Face au défi du « virage domiciliaire » initié nationalement pour le maintien à domicile des personnes âgées, le modèle de la résidence senior ne peut fonctionner qu’en s’adossant à un réseau de soins de proximité agile et réactif : les CPTS assurent ici le chaînon manquant entre domicile, résidence et hôpital.
Les besoins ne sont pas les mêmes entre Crest, Montélimar, Saint-Paul-Trois-Châteaux ou les bourgs plus isolés du diois : les CPTS adaptent leur implication aux réalités locales. Plusieurs exemples jalonnent leur contribution aux projets de résidences seniors de la vallée du Rhône à la montagne.
Des initiatives analogues se sont multipliées dans le cadre de la « Semaine Bleue » (temps fort annuel autour des seniors) : ateliers prévention des chutes, sessions nutrition, dépistage du diabète ou des troubles auditifs, organisés avec la logistique et le réseau d’intervenants de la CPTS.
L’enjeu : éviter la double fracture – territoriale (entre zones urbaines et rurales) et sociale (entre seniors autonomes et ceux en risque de dépendance) –, qui existe en Drôme comme en Sud Ardèche, et que plus de 21% des seniors déclarent ressentir (Baromètre Ardocare 2022).
Les CPTS n’interviennent pas uniquement sur l’accès au soin stricto sensu : elles agissent également sur la prévention et le maintien du lien social, autant de déterminants majeurs du vieillissement réussi.
Selon le rapport du Haut Conseil pour la Famille, l’Enfance et l’Âge (HCFEA, 2023), l’isolement social augmente de 40% le risque de déclin fonctionnel chez les plus de 75 ans. L’action transversale des CPTS, adossée à des structures comme les conseils des aînés, aide les projets de résidences à éviter ce scénario pour leurs habitants.
Les CPTS remplissent donc une fonction de maillage, d’appui et d’animation du tissu local. Cette plus-value est reconnue par la plupart des porteurs de projets de résidences seniors interrogés lors de rencontres inter-régionales Sud Ardèche-Drôme (source : Acteurs Santé Territoires, 2023).
Cependant, plusieurs défis remontent du terrain :
La transversalité des interventions reste perfectible : une enquête menée par l’Agence d’Observation de la Santé Auvergne-Rhône-Alpes (2023) signale que seuls 45% des résidences seniors de Drôme-Ardèche avaient organisé, à fin 2022, des réunions multipartites régulières intégrant leur CPTS de rattachement.
Toutefois, la dynamique est enclenchée. Le déploiement futur des CPTS, qui devraient à terme couvrir 100% des bassins de vie de la Drôme et du Sud Ardèche, laisse entrevoir une montée en puissance sur ces sujets de vieillissement, d’habitat intermédiaire et de santé intégrative.
L’action des CPTS du Sud Ardèche dans les projets de résidences seniors en Drôme s’inscrit dans un mouvement général de recomposition des solidarités locales face au choc démographique. En articulant expertises soignantes, tissus associatifs et dispositifs innovants, les CPTS rendent possible un maillage de proximité plus cohérent, à la fois attentif aux fragilités et promoteur de qualité de vie.
A l’heure où la France comptera plus de 22 millions de seniors en 2050 (projection Insee 2023), le rôle pivot des CPTS sur nos territoires rebondit comme un levier incontournable : en complémentarité avec les élus, les structures d’hébergement et le tissu local, elles participent à réinventer le parcours résidentiel, pour un bien-vieillir inclusif, citoyen et dynamique – dans la Drôme, en Sud Ardèche et bien au-delà.