La santé de proximité ne repose plus seulement sur des structures autonomes prenant en charge séparément les patients. En France comme ailleurs, le parcours de soins s’est complexifié, confrontant professionnels et patients à une mosaïque de structures : hôpitaux, maisons de santé, cabinets libéraux, établissements médico-sociaux… Selon une enquête menée par la Drees en 2023, plus de la moitié des patients atteints de maladies chroniques dépendent au moins de trois structures différentes pour leur prise en charge (Drees).
Les risques d’interruption, de redondance, voire d’erreurs de soins, sont réels. Le maillage territorial est souvent dense, mais la communication entre acteurs ne suit pas toujours. Pour les professionnels, la multiplication des interlocuteurs rend la coordination chronophage. Pour les patients, le système apparaît parfois illisible. C’est dans ce contexte que les projets territoriaux prennent tout leur sens : ils cherchent à relier les structures, à mutualiser les informations et à inventer des chemins de coopération.
Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) sont aujourd’hui l’un des dispositifs phares pour structurer les échanges entre acteurs de santé d’un même territoire. Nées de la loi de modernisation de notre système de santé de 2016, elles rassemblent des professionnels de ville, des établissements de santé, des acteurs médico-sociaux et sociaux. Fin 2023, plus de 850 CPTS étaient actives en France métropolitaine (rapport Assurance Maladie 2023).
Face à la multiplication des dispositifs, la France a progressivement outillé ses territoires de structures d’appui à la coordination. Après l’expérimentation Maia (Méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie) et la généralisation des Plateformes Territoriales d’Appui (PTA), le modèle dominant aujourd’hui est celui des DAC (Dispositifs d’Appui à la Coordination).
Les freins majeurs à une prise en charge fluide sont souvent liés au cloisonnement des informations. Or, depuis plusieurs années, État et agences régionales de santé encouragent l’usage de dispositifs communs.
La crise Covid-19 a joué un rôle d’accélérateur. Selon le Conseil National de l’Ordre des Médecins, près de 85 % des médecins du territoire national ont déjà eu recours à la téléconsultation au moins une fois (Cnom, 2023). Mais au-delà de l’accès direct au patient, la télé-expertise permet aussi des échanges entre soignants :
Certains projets territoriaux se distinguent par leur caractère expérimental, innovant, voire inspirant pour d’autres territoires. Parmi les plus marquants repérés ces deux dernières années :
Les élus, en particulier dans les petites communes rurales, sont souvent le « maillon oublié » des parcours de soins. Pourtant, ils jouent un rôle clé dans la création de liens entre les structures.
Avec l’arrivée de la feuille de route Ma Santé 2022 et la nouvelle dynamique autour du numérique en santé, une nouvelle génération de projets voit le jour : plateformes territoriales numériques, groupes de coordination pilotés par des patients-experts, innovations de télémédecine embarquée. Beaucoup s’inspirent du terrain, capitalisent sur l’expérience des dispositifs existants et cherchent à impliquer davantage les usagers.
Quelle que soit leur forme, ces projets ont un objectif commun : faire tomber les murs entre structures, rendre le parcours de soin plus simple, plus humain, et répondre en temps réel aux besoins du territoire.
Si vous avez connaissance de projets locaux innovants, ou si vous souhaitez partager une expérience, cet espace est ouvert à vos contributions.
| Sources : | Drees, Cnom, Rapport Assurance Maladie 2023, Fédération des DAC, ARS Auvergne Rhône Alpes, France Bleu Ardèche, Hospitalia, ANS |