Avant de plonger dans l’ingénierie financière, il convient de clarifier ce qu’on entend par « réseau de santé ». Ce terme recouvre un éventail large de dispositifs : réseaux gérontologiques locaux, plateformes territoriales d’appui, équipes mobiles de santé, coordinations autours des maladies chroniques, réseaux pluriprofessionnels de soins primaires, dispositifs d’appui à la coordination, etc (source : Ministère de la Santé).
Historiquement, la majorité des financements pour les réseaux de santé provenaient des fonds publics, essentiellement via les Agences Régionales de Santé (ARS). À partir de 2011, avec la création des ARS, les Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM) ont structuré les financements des réseaux de santé, appuyés sur des enveloppes « missions d’intérêt général et d’aide à la contractualisation » (MIGAC) puis, depuis 2017, sur la dotation d’appui à la structuration des parcours (source : HAS).
Toutefois, la réforme des réseaux (2019, instruction ARS/SAE/2019/116) a provoqué une rationalisation et parfois la disparition sèche de certaines enveloppes, poussant les acteurs locaux à chercher de nouveaux modèles.
Si l’État pose le cadre, les Départements, Régions, intercommunalités et communes interviennent à la marge, mais souvent sur des points cruciaux :
À noter que la charge croissante pesant sur les finances locales limite la montée en puissance des financements territoriaux surtout dans les zones rurales où la fiscalité est contrainte. D’où une compétition entre réseaux sur le territoire.
Depuis 2018, la structuration autour des CPTS a modifié profondément la répartition des financements : elles bénéficient d’un guichet dédié, négocié au niveau national entre l’État, l’Assurance Maladie et les syndicats de professionnels. En Sud Ardèche, deux CPTS couvrent désormais plus de 70 000 habitants.
Cependant, l’articulation de ces financements avec ceux des structures existantes entraîne parfois des difficultés de coexistence et une concurrence pour attirer des ressources. De nombreux réseaux locaux témoignent d’un effet « trompe-l’œil » : multiplication des dispositifs, stagnation voire baisse des budgets globaux alloués à la coordination (source : Fédération des acteurs de la coordination en santé, 2023).
L’émergence des appels à projets « Article 51 », Fond d’Innovation Organisationnelle et d’Expérimentation en santé (FIOES), Fonds d’Intervention Régional (FIR), Fonds d’Aide à la Qualité des Soins de Ville (FAQSV) a démultiplié les possibilités... au prix d’une forte complexité administrative.
L’accès à ces financements exige un haut niveau d’ingénierie administrative et, pour de petites équipes rurales, représente souvent un frein majeur, surtout sans accompagnement méthodologique.
La place des financements privés dans les réseaux de santé ruraux reste marginale, mais certains dispositifs élaborent des stratégies originales :
Le tissu associatif santé du Sud Ardèche est riche (plus de 35 associations santé ou médico-social recensées en 2023 sur la Communauté de Communes du Pays Beaume-Drobie), mais trouve rapidement ses limites en autonomie financière face aux défis de la coordination professionnelle des parcours.
La question n’est pas seulement celle « du montant alloué », mais aussi de sa répartition et de sa stabilité :
À cela s’ajoute la tendance à l’uniformisation des cahiers des charges, qui gomme parfois la spécificité des territoires ruraux : 70% des coordinateurs interrogés en Sud Ardèche estiment que la part d’auto-adaptation locale des dispositifs a diminué ces trois dernières années.
Enfin, à moyen terme, la simplification des procédures, la stabilisation des circuits de financement et la reconnaissance accrue des besoins spécifiques des territoires ruraux pourraient constituer des leviers majeurs pour accompagner la transformation de l’offre de soin hors des métropoles. Le Sud Ardèche, par son maillage associatif, ses expérimentations et sa capacité à mobiliser élus, professionnels et habitants, demeure un territoire d’innovation et de vigilance pour les politiques publiques. C’est justement sur ces initiatives locales, robustes et créatives à la fois, que pourra s’appuyer la résilience des parcours de santé dans les années à venir.