L’enjeu du numérique en santé n’est plus seulement technique, il est éminemment territorial. Dans des zones comme le Sud Ardèche et la Drôme, marquées par une densité médicale hétérogène, un habitat dispersé et une topographie parfois accidentée, la couverture numérique de santé conditionne l’accès aux soins – que ce soit pour l’hôpital de proximité, les maison de santé pluriprofessionnelles, ou le suivi à domicile. Selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, près de 15 % des habitants de l’Ardèche et de la Drôme résident à plus de 30 minutes d’un service d’urgences (ARS ARA). Investir dans la e-santé n’est pas un luxe, c’est un impératif d’équité d’accès.
Le Sud Ardèche et la Drôme partagent une longue tradition d’initiatives transversales. Depuis la création du Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) Drôme-Ardèche Nord en 2017, ces rapprochements ont trouvé des relais dans le numérique. Trois grands types d’acteurs localement structurent ces collaborations :
Un point fort de ces collaborations : leur inscription dans des dispositifs nationaux ou régionaux, mais adaptés localement, comme Territoire de Soins Numérique (TSN), e-Parcours, MonEspaceSanté, le télésoin, et récemment le programme Ma Santé 2022.
La dynamique Ardèche-Drôme est nettement visible sur plusieurs axes :
La collaboration sur la télémédecine entre la maison de santé de Joyeuse et le centre hospitalier de Montélimar est un cas d’école. Selon la coordination du projet, “certaines demandes de spécialistes qui prenaient 8 semaines se règlent en 5 à 8 jours via télé-expertise, notamment en dermatologie, cardiologie et psychiatrie”.
Autre exemple : en 2023, la CPTS du Pays de Lorraine Drôme a expérimenté la télésurveillance auprès de 70 patients atteints d’insuffisance cardiaque, avec des retours très positifs sur l’acceptabilité et une diminution de moitié des déplacements évitables (source : département de la Drôme).
Malgré les avancées, plusieurs freins demeurent :
Le programme de “Territoires Numériques Résilients” porté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes offre de nouveaux leviers de coopération : expérimentation des téléconsultations en médecine scolaire à la rentrée 2024, mutualisation accrue des astreintes de régulation médicale entre les établissements, et extension de la télémédecine dans le champ médico-social (SSIAD, EHPAD, SAVS).
Plus largement, la relance post-Covid renforce la dynamique partenariale. L’attractivité des métiers de santé, conditionnée par la qualité des systèmes numériques, pourrait être un facteur d’installation pour de jeunes praticiens, notamment ceux qui exercent en teletravail partiel.
Les collaborations Sud Ardèche-Drôme font la preuve d’un modèle vivant, fondé sur l’adaptation, la mutualisation et l’exigence de résultats concrets. Reste à franchir les prochains seuils d’inclusion numérique, de partage efficace des données et de formation pratique des acteurs, pour que chaque habitant – où qu’il vive – puisse bénéficier d’une santé connectée, sûre et humaine.